Gestion de classe et surveillance en contexte «Bring Your Own Device» (BYOD)

Contexte

Nous avons pour projet d’intégrer progressivement le «Bring Your Own Device – BYOD» (Apportez Votre Appareil Numérique*, Prenez vos appareils personnels – PAP** ou Apportez votre équipement personnel de communication – AVEC***) dans nos programmes. La responsable du projet a quelques questions pour les REPTIC des collèges ayant déjà effectué cette transition.

Questions

  1. Concernant l’utilisation des ordinateurs et des cellulaires dans le cours, comment les enseignants peuvent-ils gérer et surveiller l’activité des étudiants? Le collège utilise-t-il des logiciels de Classroom Management System (CMS) ou de Mobile Device Management (MDM)? Si oui, lesquels?
  2. Si un enseignant est devant le cours, comment peut-il éviter les distractions des élèves?
  3. Durant les périodes d’examens, certains élèves accèdent à leurs livres en ligne (eBook). Comment l’enseignant peut-il éviter le plagiat dans ces situations si les élèves ont accès au Wi-Fi sur leurs ordinateurs? L’enseignant s’installe-t-il en arrière de la classe pour surveiller les écrans?

*Merci à Jean Desjardins, REPTIC au Collégial international Sainte-Anne pour cette précision 😉

**Office québécois de la langue française

***Commission d’enrichissement de la langue française

Actions à la suite de cet appel à tous

Nous avons donc choisi d’axer plus particulièrement nos efforts sur la formation des enseignants et leur perception des technologies.

Détail des réponses

ÉTABLISSEMENT/REPTIC

RÉPONSES

International des Marcellines

Alexander Deichman

  1. Nous n’utilisons pas de logiciels de surveillance. De plus, l’utilisation de ce type d’outil sur les appareils appartenant aux jeunes pose certains risques légaux. Ce type de surveillance se trouve dans une zone grise. Par exemple, que fait-on si l’élève refuse d’installer un tel logiciel? que fait-on si l’élève le désinstalle ou prétend que le logiciel fonctionne mais l’enseignant ne peut pas surveiller cet élève? La relation étudiant-enseignant n’a pas le même statut légal que celle d’employé-employeur et donc n’est pas régie par les mêmes règles.
  2. Il ne peut pas: il y a toujours un risque accru que les élèves vont choisir de faire autre chose. Toutefois, certains outils se trouvant du côté du réseau de l’institution peuvent aider: les logiciels de contrôle de réseau sans fil peuvent bloquer l’accès internet, d’autres peuvent informer des sites web visités etc. Par exemple, voir la proposition Aerohive pour ClassroomManagement.
  3. Un ou des enseignants doivent s’installer en arrière mais il faut quand même vivre avec un risque de plagiat. Il est difficile de voir le texte écrit dans le eBook: l’élève peut relativement facilement trafiquer les images et ajouter du contenu dans tout eBook en gardant l’apparence similaire. Le monde informatique est par sa nature ouvert: toute tentative de le contrôler peut et va échouer. Il faut prévoir de telles situations d’avance et adapter les cours et évaluations afin d’éliminer l’avantage apporté par le plagiat électronique.

Lanaudière à L’Assomption

Jean-Luc Trussart

  1. Non, nous avons privilégié la formation des enseignants.
  2. En revoyant sa planification pédagogique.
  3. Revoir sa stratégie d’évaluation. Samuel Fournier St-Laurent et moi-même avons présenté un atelier à ce sujet à l’AQPC et dans certains collèges. Voir ce lien pour plus d’informations : http://claac.org/evaluer-avec-une-claac/

Outaouais

Jean-François Nadeau

  1. Il faut d’abord se poser la question: Lorsque les étudiants n’ont pas d’ordinateur devant eux pour les distraire, comment fait le professeur pour empêcher l’esprit des étudiants de vagabonder pendant le cours? (Est-ce que la question suppose que le prof en a le contrôle?)
    Ensuite il faut constater que si chaque étudiant a un ordinateur devant lui, le professeur est dans une salle d’apprentissage actif.
    Conclusion 1: L’ordinateur n’est qu’un choix supplémentaire pour celui qui veut se distraire.
    Conclusion 2: Si tout le monde a un ordinateur devant lui, on ne peut donner des cours magistraux. C’est un outil qu’il faut mettre à profit pour rendre les étudiants très actifs, sinon on manque le bateau. 
    Les moyens de surveillance ont des limites et brisent en partie le lien de confiance avec les étudiants. On leur envoie un message en les utilisant…
    Cela me rappelle un étudiant qui m’avait raconté qu’un de ses profs demandait aux étudiants d’éteindre leur ordinateur dans son cours car il estimait que l’ordinateur nuisait à l’apprentissage. L’étudiant a plutôt expliqué que c’est les cours plates qui nuisaient à son apprentissage.
    Je ne dis pas de ne pas utiliser des moyens de surveillance. Peut-être devrait-on limiter leur utilisation uniquement aux situations d’évaluation? Lors des apprentissages, il faudrait peut-être miser davantage sur les stratégies pédagogiques. Par expérience, cela devient pas mal plus motivant et excitant pour les étudiants et pour le professeur. Peu importe la stratégie et les outils utilisés, il se peut que des étudiants n’embarquent pas… 
  2. Si les étudiants ont réalisé leurs apprentissages en utilisant certains outils, ne devraient-ils pas être évalués dans les mêmes conditions? Les skieurs s’entraînent avec des bâtons : on ne leur retire pas leurs bâtons lors des compétitions. Un étudiant apprend et s’entraîne avec certains outils. Ces outils devraient être disponibles lors de l’évaluation.

En pratique, on peut peut-être arriver à la conclusion qu’il est nécessaire de ne pas permettre l’accès à certains outils. Il faut alors se poser quelques questions:

  • La forme que prend l’évaluation est-elle cohérente avec la compétence à atteindre?
  • Est-ce la forme que prend la situation d’évaluation qui impose des contraintes?

La situation d’évaluation dans le contexte de l’évaluation d’une compétence doit être suffisamment complexe pour déterminer le niveau de maîtrise de la compétence. Les conditions dans lesquelles la compétence est évaluée doivent être celles dans lesquelles on exerce cette compétence.
On doit faire aussi la différence entre utiliser des outils (comme un eBook) et plagier la solution d’un collègue.
Lors d’une évaluation:

  • Le professeur explique que c’est sa responsabilité de s’assurer que tous les étudiants sont placés dans une situation égale pour réussir l’évaluation et que par conséquent, il doit s’assurer que personne ne puisse plagier.
  • Le professeur explique que les étudiants ne doivent pas se placer dans une situation qui pourrait faire naître un doute chez lui: par exemple si une application de messagerie instantanée est ouverte… Demander aux étudiants comment pourrait-il ne pas penser que l’étudiant est en train de copier? Il ne pourra pas faire autrement…
  • Le professeur avertit les étudiants qu’il peut voir les écrans de tous sur son propre écran.
  • Le professeur explique qu’il s’assoit en arrière également pour mieux surveiller, toujours pour assurer une situation égale.

Les détails de la stratégie ci-dessus peuvent varier, mais il est important de faire ressortir à la fois leur propre responsabilité et celle du professeur. 

Sherbrooke

David Laplante

  1. Je ne suis vraiment pas un partisan de ces outils, professionnellement parlant, puisqu’il s’agit alors de déresponsabiliser des jeunes de 17-22 ans dans leur apprentissage et que nous parlons encore, avec un tel contrôle, d’approche forcément magistrale. Il a été clairement démontré qu’un jeune apprendra mieux dans un cours magistral en prenant ses notes à la main plutôt qu’à l’ordinateur, alors c’est une approche très dangereuse que d’intégrer des technos mobiles pour suivre un cours magistral (nuance à établir ici: selon la pyramide de l’apprentissage, l’approche magistrale est évidemment celle qui favorise le moins l’apprentissage et la maîtrise des concepts). Bref, le fait d’amener son appareil mobile constitue une occasion pour naviguer aisément et librement à travers son travail intellectuel et des références supplémentaires, et non pour être contrôlé par l’enseignant.
  2. Il ne peut éviter les distractions des élèves. Qu’il y ait ou non un appareil mobile devant l’apprenant, le prof ne pourra jamais contrôler les distractions des élèves. Il peut toutefois diminuer les égarements des jeunes en impliquant davantage les jeunes dans leurs apprentissages (apprentissage actif). Il faut donc briser ce mythe que les technologies sont responsables des comportements lunatiques et renvoyer la responsabilité aux humains derrière chaque écran. Rappelons-nous que nous partions aussi aisément dans la lune à l’époque, sans cellulaire, sans téléavertisseur, sans tablette, seulement avec une fenêtre, un bout de papier, un agenda ou même un crayon pour gribouiller sur le bureau… Attention pour voir aussi la nécessité d’assurer une bonne gestion de classe. Si celle-ci se doit déjà, de facto, d’être mobile en tout temps, elle doit être encore plus présente avec des appareils mobiles, sans diaboliser ceux-ci.
  3. Alors là, on entre dans une multitude d’options. On peut parler de contrôler le Wi-Fi en ne rendant disponibles que certains sites ressources, on peut décider de faire des examens sur papier, on peut limiter l’accès Wi-Fi à Moodle et inclure les ressources nécessaires dans cet ENA, on peut faire l’examen dans un local informatique, etc. Mais essentiellement, en pédagogie, on devrait revoir la question: Comment l’enseignant peut-il évaluer autrement? Parce que c’est ce que le Ministère nous demande depuis plus de 20 ans: évaluer par compétences, c’est enseigner autrement que par objectif, et c’est donc évaluer autrement. C’est aussi ce que les Poellhuber et Karsenti de ce monde nous rappellent, surtout en intégrant les TIC: enseigner autrement, évaluer autrement.

«Des décennies de recherches ont montré que quand les enseignants ont accès à des nouvelles technologies, leur instinct est d’utiliser celles-ci en reproduisant leurs pratiques traditionnelles. C’est ce qu’on appelle: l’effet diligence.» Tom Daccord

En introduisant le principe AVEC, il ne faut pas tomber dans ce même piège.

Vieux Montréal

Daniel Boury

  1. Non, nous n’avons pas de tels systèmes de surveillance.
  2. Dans certains cas, les professeurs ne permettent les cellulaires/ordinateurs que durant certaines tâches durant le cours. Pour les autres tâches, les étudiants doivent les ranger. Un professeur m’a dit que de simplement permettre l’usage des cellulaires et des portables durant la pause diminuait leur distraction durant le cours.
  3. Les professeurs que je connais qui ont permis les cellulaires et les ordinateurs durant les examens permettent à l’étudiant d’accéder à l’Internet. Ce sont généralement des examens basés sur la capacité d’analyse et non pas sur les connaissances. Il reste cependant le problème d’un étudiant qui envoie un courriel à un ami afin qu’il l’aide à répondre aux questions. Je n’ai pas eu de réponse concernant ce point.

Note: Mes réponses sont partielles. Elles sont basées sur quelques discussions que j’ai eues avec des enseignants.

 

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